Sion, ce 25 octobre 1967
La foule évacuait la salle, lentement, en
silence. L'émotion se lisait sur maints visages, marqués
qu'ils étaient encore par les instants poignants, pathétiques
même qu'ils venaient de vivre. Le film "Monsieur Vincent"
retraçant la vie d'un Saint dont l'existence fut entièrement
consacrée aux pauvres, m'avait, moi aussi, touché
profondément. A tel point que je n'hésiterais pas
à revoir cet excellent film.
Est-ce à dire que je suis un pilier des
salles obscures? Non, bien sûr! Le temps et les moyens ne
me le permettraient pas d'ailleurs. J'aime pourtant le cinéma,
la hauteur de la salle, ses tapis, ses énormes rideaux. Le
balcon posé en amphithéâtre et les fauteuils
moelleux qui descendent graduellement vers la scène, me rappellent
le jour lointain où j'eus, pour la première fois,
le privilège d'assister à une séance cinématographique.
Si le cinéma m'attire par ses aspects extérieurs
et son ambiance si particulière, il a, davantage encore,
mes faveurs par son côté récréatif. Les
préoccupations et les soucis quotidiens auxquels nous sommes
tous soumis, fatiguent le corps ainsi que l'esprit et sont, à
la longue, une source de lassitude. Une détente saine et
instructive, qui n'exige ni effort physique, ni concentration, est
très salutaire. Un bon film, n'est-ce pas précisément
le délassement rêvé pour les névrosés
que nous sommes?
Si le cinéma peut être une occasion
de se divertir sainement, il peut aussi devenir un moyen de perversion.
Il l'est à coup sûr pour l'adolescent et même
pour l'adulte. J'en connais d'ailleurs qui, non contents de visionner
un film par semaine se font un "honneur" d'assister à
toutes les séances, quelle qu'en soit la valeur morale ou
artistique de la production. Ce sont des obsédés de
l'écran dont la privation équivaudrait pour eux à
un jour sans pain. Pour éviter de devenir de malheureux esclaves
du cinéma, espaçons nos fréquentations; un
film par mois devrait suffir, me semble-t-il. Le plaisir n'en sera
que plus vif.
Les découvertes de la science - le cinéma
en est une - sont voulues par Dieu. Elles sont mises à disposition
de l'homme pour son profit. Comme toutes les bonnes choses, usons-en
mais n'en abusons pas!