par Armand Epiney

 


Sion, ce 12 novembre 1967

Malgré le nombre toujours croissant et la qualité de nos routes secondaires, l’intensification du trafic routier, (on compte actuellement 1'500'000 véhicules dans notre pays), s’alliant au manque évident de liaisons directes, tels que tunnels, autoroutes, rend la circulation routière de plus en plus difficile,

Objet de critique…. Peut-être !... Cependant, au lieu de nous en prendre aux pouvoirs publics qui feront sans doute fi de nos doléances, penchons-nous plutôt sur l’évolution de notre réseau routier, de l’époque ancestrale à nos jours.

En vue de conquêtes, Annibal, en l’an 200 avant Jésus-Christ, puis Bonaparte en 1800, se frayèrent un passage à travers les Alpes. Moins orgueilleux mais réalistes, nos ancêtres burinèrent le roc pour créer une issue vers la civilisation. N’est-ce pas assez dire l’importance que, de tout temps, les voies de communication suscitèrent ?

Si vous avez l’occasion de visiter le Val d’Anniviers, arrêtez-vous un instant aux Pontis, plus précisément en amont du tunnel portant le même nom. Vous y découvrirez un surplomb offrant une vue plongeante sur la Navizence coulant quatre cents mètres plus bas. Vous pourrez comprendre, en trois images bien distinctes, les progrès réalisés en matière de construction routière.

Sur la tête du tunnel, un étroit sentier, creusé à même le roc, est encore visible. Il date, paraît-il, du douzième siècle et fut la première voie reliant Anniviers à la plaine du Rhône.

Légèrement sur votre gauche, vous découvrirez l’ancienne route, sinueuse, étroite elle aussi, vertigineuse. Edifiée au dix-huitième siècle, corrigée au début du vingtième, elle fut, pour les Anniviards nomades, une réalisation de première importance. Les déménagements, les transports usuels, purent se faire au moyen de chars, plus tard de camions.

Peu après la guerre, les plans s’élaborèrent en vue de la construction du barrage de Moiry et des usines électriques. Cette réalisation nécessitait, entre autres, plusieurs milliers de tonnes de matériaux parfois encombrants. Téléphérique ?...Route ?... Telle fut la question posée en son temps. Une association de hardis transporteurs fit pencher la balance en faveur de la route. Heureuse aubaine ! Grâce à leur clairvoyance, le Val d’Anniviers fut doté en 1950, de cette magnifique route, large, redressée, goudronnée.

Cette œuvre, d’utilité vitale, s’il en est, sonna le réveil d’une vallée plongée depuis des siècles dans une nonchalante torpeur économique. Cet engourdissement, conséquence du manque de liaisons routières avec la plaine, tint cette peuplade, aussi laborieuse fut-elle, en marge du progrès et des contacts avec la civilisation. Or, depuis la création de cette voie moderne, le visage de la vallée s’est totalement transformé. Les contacts plus fréquents avec l’extérieur, les facilités accrues des transports, l’implantation de petites industries et surtout le développement du tourisme furent les principaux fruits de cette réalisation.

Dans un monde transformé par la motorisation, vivant dans une atmosphère pétaradante, respirant un air vicié, n’était-il pas indiqué d’analyser le côté positif de la circulation routière et des voies de communications ?