par Armand Epiney


 

Texte non daté (1955-1956)

Avant que les teintes vermeilles de la rosée matinale aient annoncé l'approche du jour, les fifres et tambours lancent déjà leurs notes aux échos de la montagne que l'obscurité dérobe encore.

Là-haut, dans le clocher aux tuiles grises, des yeux phosphorescents s'allument. Le marguillier lui aussi va lancer son signal, dans la nuit étoilée. Il va proclamer, à l'aide de ses cloches, la magnificence du Roi des Rois.

La première mesure s'égrène, lente, sans audace, comme un violon qu'on ajusterait. Soudain, l'harmonieux concert ébranle le clocher. Les notes se croisent, s'amplifient en s'unissant; leurs sons, tantôt aigus, tantôt graves, frappent l'air de toutes parts, emplissent la vallée profonde et vont expirer aux bords des névés...

Mais que chantent-elles donc, toutes ces cloches, dans leur enthousiaste mélopée? Ce matin, elles chantent le Seigneur et lui font leur prière! Elles invitent à la joie en ce jour de Fête-Dieu.

Tout à l'heure, elles annonceront, à toutes volées, que le Tout-Puissant aura franchi le seuil du temple. Quand la radieuse Hostie, rayonnante comme un soleil sous un nuage d'or, longera les rues jonchées de fleurs, les cloches lanceront vers les cieux un hosanna de gloire et de reconnaissance!

Et la foule qui accompagne le Très-Haut unira ses cantiques en un seul magnificat!