par Armand Epiney

 


Sierre, ce 17 octobre 1965

Il a fait beau, toute la semaine. Et pourtant, ce matin, le soleil semble plus chaud, le ciel paraît plus clair, les feuilles d'automne brillent d'un éclat plus chatoyant. Ce n'est pas un matin comme les autres car c'est jour de congé.

La veille, nous avions décidé, ma femme et moi, de nous accorder un jour de répit, une journée entière où nous ferions ce que bon nous plairait. Les enfants seront sous la bonne garde d'une brave voisine, à qui nous rendrons la pareille, à l'occasion. Quant aux soucis, on les mettra en veilleuse jusqu'à notre retour!

Et nous voilà partis, à travers champs, le coeur léger, sans but précis.

Pour les montagnards que nous sommes, les petits bois, bordant le Rhône, ne nous attirent guère. Alors, nous montons, nous montons toujours plus haut. Nous gravissons, sans nous hâter, un petit sentier qui longe le vignoble de Muraz, puis, en amont, les prairies de la Noble Contrée pour aboutir à la lisière des mayens de la Zour.

Quelle magnifique journée! Quelle fête pour les yeux! La Couronne Impériale est là, devant nous, avec ses colosses. Quelle splendeur! Ah! si l'on savait, si l'on pouvait plus souvent s'arrêter, comme à présent, et contempler, et admirer l'oeuvre grandiose du Créateur! Comme on L'aimerait mieux et comme l'on s'aimerait mieux dans le monde et dans les familles! Nous parlions de ces choses en prenant notre frugal repas.

Toute bonne chose a une fin. Il fallait redescendre, à regrets, pour reprendre notre train-train quotidien. Mais ce soir-là, nos yeux brillaient d'une lueur particulière. Quand je vous disais que ce n'était pas un jour comme les autres!