par Armand Epiney

 


Sion, ce 10 janvier 1968

Le roseau pensant

L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser: une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien.
Toute notre dignité consiste dans la pensée. Travaillons donc à bien penser.

Blaise Pascal

Commentaires:

Pensée d'un moraliste qui médite sur la condition humaine au moyen d'une comparaison et d'une antithèse saisissante. Cette méditation aboutit à deux conclusions. D'une part, la misère matérielle de l'homme et d'autre part, sa richesse personnelle, sa supériorité sur la matière brutale et aveugle. A la lecture de cette réflexion, chacun voudra s'efforcer de bien penser et, par le fait même, de grandir spirituellement, d'ajouter "une coudée de plus à sa taille", comme aimait à le dire Ramuz.

Réflexions

La pensée, c'est la faculté propre à l'homme, et à l'homme seulement, de comparer, de combiner, de confronter, d'étudier les idées. Elle est, en quelque sorte, la seconde nature de l'homme: la vie intérieure de tout être pensant. Penser, c'est vivre en soi.

Prenons, par exemple, le chien. Tout dans son comportement, dans ses réactions, dans sa fidélité, pourrait laisser croire qu'il est intelligent, donc qu'il pense. Or, le chien, par le fait même qu'il est chien, ne peut penser. Il n'obéit qu'à l'instinct plus ou moins développé dont l'a doté la nature. Or, dans l'instinct, tout est aveugle, nécessaire et à peu près invariable; c'est, pour ainsi dire, une habitude innée et héréditaire.

Par contre, l'homme a la faculté de s'instruire parce qu'il est intelligent, donc parce qu'il pense. Il profite de l'expérience de ceux qui l'ont précédé. Il fait bénéficier ses successeurs de sa propre expérience. D'où la nécessité de bien penser et d'agir en conséquence.