par Armand Epiney

 


Ayer, ce 1 octobre 1955

Ce soir, quelle surprise! La lumière manque; les réverbères s'allument plus tôt qu'hier.

Je mets mon nez à la fenêtre: il bleuit un peu. Le ruisseau ne gronde plus aussi fort et le serpolet encore vert s'est paré d'un coquillage cristallin, il a gelé.

Mais, que vois-je? Une feuille par terre! Qu'elle est belle dans sa couleur d'or et de pourpre! Vanité! car demain, ta robe de diadème jonchera, souillée et rouille, le bord de la chaussée! La petite feuille est légère, si légère que la moindre brise l'emporte. Son vol est gracieux. Elle monte dans l'azur en tourbillonnant, oh, pas très haut! car le vent est faible. Comme tu dois être heureuse de te sentir en liberté! Pauvre feuille! Ton plaisir sera de courte durée! Tes ébats éphémères!

Une brise froide se lève; son chant est triste mais puissant. Elle passe bientôt en hurlant : des feuilles fuient, affolées comme si l'hiver était au coin du bois... Il y en a partout, dans les prés, sur la route, sous le hangar. Je lève mes yeux vers l'arbre: il est à demi-nu. C'est la chute des feuilles.

Vingt-cinq printemps, vingt-cinq automnes! Autant de fois j'ai vu les arbres se dépouiller. J'en verrai encore, si Dieu le permet! Pourtant, pauvre humain, ne finirai-je pas comme ces feuilles emportées par le vent? Et je songeais à l'autre monde en refermant ma fenêtre.