par Armand Epiney

 


Sion, ce 28 février 1968

Olympe: mot magique et sacré qui nous vient de la Grèce antique qui désigne l'ensemble des dieux grecs. Quant aux jeux olympiques, ils se célébraient tous les quatre ans en l'honneur de Jupiter et comprenaient des épreuves de lutte et d'athlétisme.

En 1924, Pierre de Coubertin rénova ces jeux en y adjoignant plusieurs disciplines nouvelles et, entre autres, les épreuves d'hiver que nous connaissons.

Confortablement installés devant le poste de télévision, nous assistons avec une certaine mélancolie au dernier acte des Xèmes jeux olympiques d'hiver. Remise des ultimes médailles, drapeaux flottant aux mâts d'honneur, parmi lesquels on distingue avec émotion l'étendard à croix blanche, extinction de la flamme et dernier hymne olympique. Le rideau tombe, lentement, sur cette grandiose manifestation dont les divers épisodes ont fait vibrer le coeur de millions de personnes.

Durant ces joutes sportives, combien furent-ils de Suisses dont les yeux ont laissé tomber des larmes de joie? Avant les jeux, le sport helvétique était battu en brèche. Ignorés par les journalistes étrangers, relégués au second plan, à quelle sauce dans ces menus de rois, nos petits Suisses allaient-ils être mangés? Or, ils firent tant et si bien, se battant avec coeur et enthousiasme, que chaque jour ou presque nous gratifiait d'une nouvelle médaille.

Si celles-ci ne furent point d'or - encore qu'il en fallu de peu - l'argent ou le bronze nous convinrent à merveille, car nous n'en attendions pas tant. Bravo donc à vous, les Kaelin, Favre, Giovanoli, Wicky (le Sierrois), Haas, Daetwyler et surtout vous, gracieuse Fernande, surnommée le "bijou" des jeux, qui avez fait bondir de joie le coeur de tous les Valaisans. Votre performance sans doute mais surtout votre franc sourire ont fait de vous la meilleure ambassadrice du Valais!

Qu'un sentiment de patriotisme vous étreigne, lors d'épreuves internationales, rien de plus naturel! Il ne faudrait pas cependant que ces heureux mouvements du coeur nous fassent oublier le vrai sens des jeux. Cette réunion d'athlètes, de pays aussi nombreux que variés, ne reflète-t-elle pas le besoin inhérent à l'homme, depuis les temps immémoriaux, de se mesurer, de se confronter en lutte pacifique? Ici, point de poudre, point de sang; seulement le muscle, l'adresse, la volonté qui s'associent pour vaincre en d'épiques joutes amicales. Qu'il est beau ce tableau vu à Grenoble où, sur le podium d'honneur, un Russe embrasse un Américain! S'il ne restait de ces jeux que cette image saisissante dont ce monde torturé devrait faire son emblême, ils n'auraient pas été vains.

Mais voilà l'illogisme de l'homme dans sa pensée et dans ses actes: on s'embrasse à Grenoble alors qu'on tue au Vietnam ou ailleurs. Que les anneaux olympiques et leur idéal éclairent les hommes assoiffés d'or et de sang.