par Armand Epiney

 


Sierre, ce 9 avril 1967

Le mouvement auquel j'appartiens se consacre aux enfants nécessiteux. Il décide d'envoyer une cinquantaine d'entre eux en vacances et me charge de découvrir un emplacement en montagne convenant particulièrement au "camping".

J'envisage donc un coin tranquille, d'une altitude ne dépassant pas 1700 mètres, car en août les soirées sont fraîches.

Je me rends à cet effet dans le fond du Val d'Anniviers, précisément dans la plaine de la Lée que je connais bien. La région, avec ses torrents écumeux, ses cascades mugissantes, ses parois noires sillonnées de vires herbeuses, est magnifique.

L'emplacement que je recherche, je le découvre sur un cône d'alluvions à pente douce. C'est une belle clairière, piquée de mélèzes, où le soleil peut entrer. L'endroit est sec et les aiguilles des arbres, accumulées à leur pied, donnent une impression de chaleur.

Jamais vipère n'avait été aperçue dans ce lieu, m'a-t-on assuré. A peine avais-je remarqué quelques grosses fourmis forestières. Je relève ce fait pour m'être trouvé une fois en compagnie, très désagréable par ailleurs, d'une multitude de ces intruses envahissantes.

J'ai vu aussi, à quelques pas, une source limpide jaillir sous une grosse pierre et, à quelque cent mètres, le torrent du Roc de la Vache, venir se fondre dans la Navizence; là, les enfants pourront s'ébattre et laver leurs pieds sales. Les problèmes de l'eau et de l'hygiène étaient ainsi résolus. Par contre, le bois mort fait défaut, car la région est très courue par les campeurs. Or, je savais que dans la forêt surplombant le camp, il s'en trouvait à profusion. Voilà une occasion rêvée pour initier nos protégés à l'art du bûcheronnage.

L'accès est facilité par une petite route carrossable, quoiqu'un peu caillouteuse, passant au pied de la clairière. Nous pourrons ainsi acheminer le matériel du camp ainsi que les provisions au moyen de notre "tacot".

Autre sujet de satisfaction: comme chacun le sait, la station de Zinal a fait un effort remarquable pour l'installation de remontées mécaniques et d'équipements touristiques. Le téléphérique de Sorebois, entre autre, d'une capacité de 80 personnes, amène les touristes dans un vrai paradis, à près de 3000 mètres d'altitude. Nous pourrions en faire profiter nos enfants car, d'entente avec le Président des remontées, nous bénéficierons d'un tarif à la mesure de l'oeuvre que nous soutenons.

Persuadé que l'emplacement décrit correspond aux voeux de chacun, j'attends avec impatience le moment de passer à l'exécution du but que nous nous sommes fixé: procurer quinze jours de bon air à quelques enfants qui en ont tant besoin!