par Armand Epiney

 


Sion, ce 18 octobre 1967

Le professionnel, enthousiaste et consciencieux, touve dans son activité les joies les plus pures, les plus élevées en même temps que la fierté d'être utile à ses semblables. Il a fait sienne cette pensée de l'écrivain Emile Faguet:
"La profession, comme une mère qui vous instruit, vous soutient, vous console; comme une mère, elle ne vous demande que de l'aimer; elle vous donne le calme, la sérénité et la paix."
Montrez qu'il en va de même pour vous malgré peut-être quelques objections que vous préciserez.

Le travail que j'accomplis, chaque jour, avec conscience, application et fidélité, me procure-t-il les joies mentionnées dans le texte ci-dessus?

A vrai dire, non. Et cette réflexion ne me vient que rarement à l'esprit. Pourquoi? Précisément à cause de la monotonie d'un travail que j'exécute depuis plusieurs années, dans une entreprise si vaste que chaque travailleur, de profession libérale ou artisanale, est considéré, non point comme un homme qui pense, qui aime mais, le plus souvent, comme un "numéro", une des pièces de l'énorme machine à produire!

Dans de telles conditions de travail, le sens de l'humain ne prend qu'une valeur très relative. Le "rendement" ne laisse que peu de place à la réflexion; tout est anonyme et chaque employé occupe et ne connaît, au sein de l'entreprise, qu'un secteur dérisoire. Les joies que procure une activité professionnelle dans une grande entreprise sont hélas bien minces.