par Armand Epiney

 


Ayer, ce 17 septembre 1955

Il est neuf heures vingt. Les voyageurs attablés règlent leur note au sommelier et, sans plus de retard, gagnent leur place. Le car Sierre-Zinal va partir.

Confortablement installés, les touristes qui font, pour la première fois, connaissance avec la route du Val d'Anniviers, ouvrent tout grand leurs yeux et leurs oreilles au spectacle qui les attend.

La route, longue de quelque vingt-six kilomètres, emprunte un tracé très suspendu. Longeant les petits lacs verts de Géronde, elle atteint très rapidement la rive gauche du Rhône. Mais voilà qu'elle se met tout à coup à zigzaguer: la pente commence, si raide que les virages sont comme superposés.

Enchantés par cette valse inattendue, les voyageurs mêlent leur youtze au résonnant klaxon de la voiture postale.

Et la route monte, toujours plus haut! Le moteur ronfle de tous ses pistons: c'est la rampe de la Grand'Pontis. Au-dessus, d'immenses rochers suspendus; de côté des abîmes vertigineux, dont les yeux n'osent en mesurer la profondeur. Une chapelle récemment érigée, rappelle le souvenir de quelques valeureux constructeurs de cette route, morts à la tâche.

Mais voilà que le tracé reprend haleine; la pente redevient douce. La nature cultivée montre, à nouveau, la main de l'homme: c'est Vissoie. Le Rothorn, le Weisshorn sont là, tout près, qui font échapper des cris d'admiration. La route, elle, continue et ne s'arrêtera que lorsqu'elle aura atteint le contrefort de ces géants.

"Zinal: tout le monde descend!" C'est la voix sonore du chauffeur. Les alpinistes reprennent sacs et piolets et s'en vont à la conquête de nouveaux horizons.