par Armand Epiney

 


Sion, ce ... 1955

Brr... qu'il doit faire froid dehors, sous ce linceul blanc et glacé! Je tire mon duvet jusque sous le menton. J'écoute... Tic tac... tic tac.. et c'est tout... La maison s'est assoupie; chaque chambre est close sur ses rêves.

Soudain, une force invisible, presque imperceptible, fait vaciller la lampe qui donne sur ma fenêtre. La neige tombait, rare, lente. Maintenant que le vent s'est levé, ces petits flocons épars sont entraînés dans un tourbillon effréné. Balayé de la couche ouateuse par une bise plus forte, le grésil tapisse les parois du vieux "racard".

Wouou... Wouou... L'ouragan...! Les vitres tremblent, les volets claquent. Ce n'est plus une plainte, un murmure, c'est un cri rauque, puissant: le rire des éléments déchaînés.

Un poteau télégraphique est scié à sa base... la lumière vacille... c'est la nuit complète.

Le vieil arole devait mourir un jour. Il tombera, cette nuit, sous la poussée terrible des autans.

Le vent cesse d'un coup pour ne reprendre qu'avec une force redoublée. Durant cette accalmie, le petit chat me fait ses plaintes: "Miaou, miaou! que j'ai froid, que j'ai peur!" Combien en est-il de ces petites bêtes, sans logis, qui ont en ce moment peur ou froid, subissant les colères et les outrages de l'ouragan.

Je cache ma tête sous le duvet et je réfléchis. Je songe à ceux qui sont pris dans de telles tempêtes et je fais ma prière: "Seigneur, protège ceux qui t'implorent dans la tempête."