Sion, ce 11 octobre 1967
On vous racontera beaucoup d'histoires: que le
monde est absurde, que tout a changé, que les vieilles morales
ont rejoint les vieilles lunes. Tout cela n'a qu'un sens relatif
et si vous cherchez la réalité sous les mots qui la
masquent, vous trouverez toujours l'homme éternel. Les valeurs
sûres n'ont pas été inventées à
plaisir par des moralistes séniles. Elles sont des valeurs
parce que, sans elles, ni une société, ni un bonheur,
ne sauraient s'épanouir.
Voici donc quelques règles, aussi anciennes
que la civilisation, qui restent vraies malgré les techniques
nouvelles et les philosophies cruelles.
La première, c'est qu'il faut vivre pour
autre chose que pour soi seul. L'homme qui médite sans fin
sur lui-même trouve mille raisons d'être malheureux.
Jamais il n'aura fait tout ce qu'il aurait voulu; jamais il n'aura
obtenu tout ce qu'il méritait d'obtenir; rarement il n'aura
été aimé comme il aurait rêvé.
Mais s'il vit décentré de lui-même, pour un
idéal, pour sa foi, pour son pays, pour sa famille, pour
une femme, alors il oublie merveilleusement ses vains soucis.
Parce qu'il aura cherché à faire
le bonheur des autres, il aura, de surcroît, fait le sien
propre. "Le véritable monde intérieur est le
véritable monde extérieur" comme aimait à
le dire André Maurois.