Léa n'avait que trois ans lorsque l'on dit à ses parents
Que son cur ne savait plus battre la vie,
Qu'il en avait oublié et le rythme et la musique.
Le soleil pourtant allait sa ronde dans le ciel.
Il fallait de toute urgence trouver un nouveau cur
Pour jouer dans cette jeune poitrine
La partition de la vie.
Pourtant Léa continuait de s'amuser avec ses
amis du quartier.
Et c'est à peine si parfois on la voyait un peu plus lasse.
Le soleil allait toujours sa ronde dans le ciel.
Mais le compte à rebours, horloge infernale, était lancé,
impitoyable
Comme un vieil aveugle qui avancerait inexorablement vers l'abîme.
Chaque heure rapprochait ce mur qui sépare les mortels.
On alarma tout ceux qui pourraient faire quelque chose pour elle.
Déjà son nom figurait en tête dans les ordinateurs
des grands hôpitaux.
Ses parents, ses frères et surs vivaient l'instant :
Chaque jour avec Léa avait la saveur du fruit volé dont
on a tant envie.
Et Léa jouait, jouait de tout son cur avec ses amis du
quartier
Mais bientôt s'évanouit tout espoir,
Et le soleil allait sa ronde dans le ciel.
Puis, un matin, de bonne heure, c'était lundi
de Pentecôte,
On apprit qu'à son retour de vacances, une famille avait laissé
Sa vie sur l'asphalte de l'autoroute, là-bas en Italie.
Il fallut faire vite pour arracher à la tôle froissée
Le cur d'un enfant alors que le soleil allait sa ronde dans le
ciel.
On dépêcha un hélicoptère qui transporta
vers Léa
Ce cur qui allait rythmer sa nouvelle vie.
Et aujourd'hui qu'elle raconte son histoire
Quand le soleil va sa ronde dans le ciel,
Léa a les yeux allumés d'étoiles :
Elle aime à dire que ce cur, son cur qu'elle a adopté
Comme on adopte un petit chaton
Ce cur jamais n'avait cessé de battre.
Pierre-Marie Epiney, mai 2002
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de Pierre-Marie Epiney
[mis en musique par Edouard Chappot, musicien à
l'OSR (Orchestre de la Suisse romande)]