

- Où t’as mis la nourriture ? Je parie que c’est
encore toi qui as tout mangé, gourmande comme tu es !
- Mais non, ce n’est pas moi ! Arrête d’accuser
les autres ! riposta Jenny, une jeune écolière âgée
de dix ans, intelligente mais replète.
Kat et Jenny passaient une nuit dans la forêt. Pour comble
de malchance, le vent soufflait si fort qu’elles durent trouver
un abri au plus vite. Après de longues recherches, elles
découvrirent une vieille cabane isolée. Elles repérèrent
leurs lampes de poches dans un coin de la masure. Jenny déclara
d’une voix soucieuse en se grattant la tête:
- C’est louche de retrouver nos lampes de poches ici. Peut-être
que ceux qui les ont laissées là nous ont également
volé notre ravitaillement. Peut-être sont-ils encore
dans la cabane ! Viens, on part à leur recherche !
Après cinq minutes, Jenny qui ne cessait de tripoter son
canif sibérien, proposa d’une voix découragée
:
- Et si on allait manger un morceau ? Si nos ravisseurs ne sont
pas idiots, ils auront mis la nourriture dans le frigo. Allons regarder
!
Quand elles entrèrent dans la cuisine, Kat, ayant l’odorat
très fin, fit remarquer à Jenny en faisant palpiter
ses narines:
- Tu ne trouves pas qu’il y a une drôle d’odeur
ici ?
- Bien entendu, je ne suis pas bête, qu’est-ce que tu
crois ? Tu as peut-être des muscles, mais c’est tout
ce que tu as hérité de ta famille ! rétorqua
Jenny vexée et rouge de colère. Elle se dirigea vers
le frigo.
- Moi, au moins, j’ai des muscles et j’ai pas dix kilos
en trop comme une personne que je ne citerais pas! Et j’ai
des habits neufs, pas comme toi !

Jenny s’appuya contre le mur pour se reposer mais, comme
décidément ce n’était pas leur jour,
les ustensiles disposés sur le mur leur tombèrent
dessus.
Une demi-heure plus tard, Kat se réveilla, jeta un coup
d’œil à sa montre et, en rattachant ses longues
mèches brunes, s’écria :
- Oh! mein Gott! Cela fait une bonne demi-heure que je suis évanouie
! Heu…il me semble que j’ai oublié quelque chose.
Ah oui : Jenny !!!
Elle la chercha mais ne vit qu’un gros tas d’ustensiles.
Soudain, elle entendit un gémissement provenant du bas du
tas. Comprenant que si elle n’agissait pas rapidement, les
conséquences pouvaient être graves, Kat se dépêcha
de dégager sa compagne. A nouveau sur pied, Jenny gémit
en tenant son ventre rebondi :
-J’ai faim, je veux manger !
Elle se dirigea vers le frigo, ouvrit la porte et … horreur
!!! Une tête occupait une partie du frigo et… elle était
encore sanglante! Jenny poussa un hurlement d’épouvante
à faire fuir une meute de loups. Kat arriva et eut la même
réaction…
- Qu’est-ce… qu’est-ce que c’est ? bégaya
Kat d’une voix étranglée, en se tournant vers
son amie.
Avant que Jenny ne réponde, toutes deux entendirent des
pas. Elles se précipitèrent pour aller voir qui venait.
La porte grinça, s’ouvrit et les deux amies purent
découvrir deux visages hideux, l’un extrêmement
dodu et l’autre squelettique.
Les deux hommes ne leur laissèrent même pas le temps
de crier. Ils les empoignèrent et les conduisirent dans un
endroit sombre et humide. On les enferma dans une espèce
de cage où gisaient déjà un squelette desséché
qui devait sans doute occuper cet endroit depuis quatre ans au moins.
Kat, qui ne voulait pas périr ainsi, se mit à l’œuvre.
Elle découvrit trois cadenas accrochés à la
porte et, comme elle regardait beaucoup de films policiers et d’intrigues,
elle savait ce qu’il fallait faire en pareille situation.
Elle enleva la barrette qui retenait ses beaux cheveux bruns et
se mit au travail sans plus attendre. De son côté,
Jenny élaborait des plans qui ne servaient à rien.
Les cadenas opposaient une résistance farouche à la
barrette de Kat. Ceci l’énervait car jamais elle ne
s'était trouvée face à quelque chose de si
coriace. Son amour-propre était blessé : ses muscles
avaient trouvé plus fort qu'eux. Surtout que la seule chose
qu’aimait Kat à l’école était l’éducation
physique.
Lasse de ne pas arriver à un résultat, elle décida
d’interrompre Jenny dans ses plans afin qu’elle vienne
l’aider.
La cage était grande et poussiéreuse. Ses barreaux
étaient épais et couverts de rouille. L’endroit
sentait le moisi, les vieilles baskets et le plastique brûlé.
Au milieu de la cage était disposée une petite table
où brûlait avec lenteur un chandelier. Le petit meuble
était maculé de cire de bougies…. Il semblait
dater du siècle passé.
Les toiles d’araignées avaient depuis longtemps pris
possession de la table et les vers avaient, au fil du temps, grignoté
le bois et formé des petits trous.
- O mein Gott ! Comment sortir de là ? Ca pue ici, pensa
Kat d’un ton décourageant, en levant les yeux au ciel.
Des livres poussiéreux à qui manquaient des pages
étaient disposés par terre pêle-mêle.
Kat découvrit un trousseau de clefs aussi anciennes que les
serrures. Elle ouvrit les portes une à une.
Elles purent enfin sortir de leur horrible prison. En passant la
porte grillagée, Kat glissa sur le gravier qui parsemait
la pièce : elle s’étala de tout son long.
Pour une fois, Jenny courut vers Kat pour l’aider. Le chandelier
s’éteignit. Il faisait noir de charbon. Jenny commença
à paniquer.
- J’ai la chair de poule, il fait froid et le pire, soupira
Jenny, c’est que je n’ai pas à manger.
Kat, qui tâtonnait contre le mur, venait de toucher un objet
non identifié. Elle sentit quelque chose de froid, comme
du métal. Après avoir réfléchi quelques
secondes, elle conclut que c’était la poignée
d’une porte. Elle l’actionna mais en vain. La porte
était fermée à double tour. Des bruits de pas
retentirent. Kat songea tout haut :
-Vite, il nous faut rentrer dans la cage, sinon, ils sauront que
nous avons réussi à en sortir.
Kat et Jenny prirent leurs jambes à leur cou. Elles entendirent
la porte s’ouvrir…
Pour la deuxième fois de la journée, Kat et Jenny
se retrouvèrent face à deux hommes effrayants. Elles
voulurent crier, mais elles avaient la gorge nouée et les
mains moites. Une vrille de peur traversa la poitrine de Jenny lorsqu'elle
vit Kat s'élancer vers la porte.
- Mais que fait-elle ?! Elle sait bien que c'est inutile, pensa-t-elle,
inquiète.
C'est alors que George s'élança à la poursuite
de Kat, laissant Jenny seule avec son complice. Celle-ci dévisagea
l'homme d'un regard dégoûté. Pour elle, il ressemblait
plus à un primate qu'à un être humain doté
d'intelligence.


- Ma fillette, soyons amis. Je me présente
: Frédique Scopav. Je suis accompagné de mon complice,
Georges Scarlotov. Nous sommes russes, originaires de Morpav. Nous
avons vécu dans la misère durant toute notre vie.
Quand nous sommes arrivés ici, en Angleterre, nous n'avions
pas un shilling en poche. Nous sommes venus dans ce pays pour devenir
riches. Chez nous, nous nous nourrissions de bêtes sauvages
et de baies. Nous avons déjà trouvé de l'or
dans notre pays, mais nous en voulions plus, beaucoup plus.
Jenny retrouva ses esprits et poussa un soupir.
Au même moment, Georges arriva, talonné de près
par Kat qui essayait vainement d’échapper à
l'emprise de cet odieux personnage. Elle lança un regard
noir, plein de haine à Georges et à Frédique.
Ils le lui rendirent immédiatement. Jenny ne le remarqua
même pas. Elle contemplait Frédique d'un air bizarre.
Elle eut soudain des doutes sur les dires du Russe. Elle doutait
même qu’il en était vraiment un. Son cœur
résonnait comme un gong dans sa poitrine. Son sang se glaça
quand elle vit Georges sortir de son pantalon trop grand un couteau
de poche surdimensionné. Il le leva au-dessus de Kat qui
sentit des gouttes de sueur glisser le long de son front. Rassemblant
son courage à deux mains, elle hurla et s'élança,
poussant Kat hors de la portée de Georges. Mais celui-ci
avait déjà baissé la lame qui siffla dans l'atmosphère
lourde et épaisse du couloir. Elle sectionna à une
vitesse fulgurante le lobe de son oreille droite. Le cri de Jenny
déchira le silence de la pièce. Son champ de vision
se troubla et elle perdit connaissance.

- Oh mein Gott ! Oh mein Gott ! sanglota Kat, les mains tremblantes.
C'est de ma faute ! Elle a voulu me sauver la vie !
Kat avait l’impression d’avoir une bombe à retardement
dans sa boîte crânienne. Son sang cognait dans ses tempes.
C'est à ce moment que Jenny se réveilla. Son cœur
ne fit qu'un bond lorsqu'elle vit Kat, les yeux en délire
et la respiration saccadée, se lever, glisser la main dans
sa poche et en sortir son canif sibérien, celui qui pouvait
tout trancher. Georges et Frédique, de leur côté,
étaient figés d'horreur. Voyant son amie se diriger
vers les deux malfrats, le couteau levé, Jenny, dont le cœur
battait la chamade, rampa comme un serpent jusqu'à son amie
et lui fit un croche-pied. Elle redoutait que l’un des bandits
subtilise le canif et se retourne contre elles. Kat tomba face contre
terre. Son canif s'enfonça dans le parquet poussiéreux
du couloir. Jenny laissa échapper un cri strident et tenta
de s'enfuir. Mais Frédique s'interposa et lui ligota les
mains derrière le dos. Georges s'élança vers
Kat, toujours allongée. Il la ligota également. Ils
les dirigèrent vers la porte. Georges se baissa pour ramasser
un gros sac que Kat et Jenny n'avaient pas vu auparavant. Ils traversèrent
la forêt pendant environ trois quarts d'heure. Jenny commençait
à avoir des ampoules aux pieds lorsqu'ils arrivèrent
devant un grand sapin. Kat et Jenny se lancèrent un coup
d'oeil complice. Kat s'écria:
- De l'or, de l'or, là-bas! Sous les feuilles mortes!
Les deux bandits les abandonnèrent et se précipitèrent
pour creuser. Grâce à ses petites mains fines, Kat
se libéra discrètement des cordes, ramassa une grosse
branche et s'avança vers les deux bandits. La gorge sèche,
elle ravala sa salive, respira un grand bol d'air et.... frappa
les deux méchants qui s'écroulèrent, inconscients.
Les deux amies les ligotèrent et Jenny commença à
fouiller les malfrats. Cinq minutes plus tard, elle poussa un cri
de joie strident et montra un petit Natel à Kat. Elle composa
le numéro de la police pour expliquer leur aventure. Une
demi-heure plus tard, la police et leurs parents étaient
sur les lieux. Le commissaire déclara :
- Nous connaissons ces deux individus. Ils sont recherchés
dans toute l’Europe pour contrebande, vols et assassinats.
Pour les remercier, les gendarmes leurs offrirent une panoplie complète
de détective composée d’une loupe, d’un
magnétophone, de talkies-walkies, d’une mini-caméra,
de plusieurs paires de gants en plastique, etc.
Arrivés chez eux, leurs parents leur firent promettre de
ne plus jamais recommencer.