-Viens ! s’écria Cécile avec beaucoup d’enthousiasme
en rejetant sa chevelure noiraude sur ses épaules.
- Il n’en est pas question ! protesta Marc son petit frère
qui avait la trouille au ventre rien qu’en jetant un coup
d’œil au chemin sinueux.
La fillette ne fit aucun cas et s’engagea sur ce sentier qui
menait à une forêt sombre et
humide. Il soupira d’une voix lamentable :
-Bon après tout, je la suis, même si j’ai peur.
Ils serpentèrent la forêt pendant un moment et arrivèrent
sur une colline d’où l’on jouissait d’un
magnifique panorama grâce au soleil couchant. Ils y firent
une pause. Marc proposa :
- Rentrons, car il se fait tard.
La sportive acquiesça en bâillant :
- Je suis de ton avis, allons-y !
- C’est quelle voie ? interrogea-t-il.
- Par là ! montra-t-elle au hasard d’une voix tremblante.
Les enfants continuèrent leur chemin. La nuit commençait
à tomber. Marc n’aperçut pas une pierre et il
s’effondra. Cécile se moqua de lui. On ne pouvait même
plus compter ses tâches de rousseur, car elles étaient
couvertes de boue. Il pleurnicha :
Mon vélo a le pneu crevé ! On n’arrivera jamais
à l’heure pour le souper.
Elle plaisanta :
- De toute façon aujourd’hui nous avons de la soupe.
- Tu crois Cécile que c’est le moment de faire des
blagues ? rétorqua-t-il.
Et ils se disputèrent comme à la maison. Ils évitèrent
de justesse la bagarre ! L’intelligent et la téméraire
continuèrent en boudant, mais ils durent ralentir, car Marc
était à pied et de plus, il boitait.

Ils n’arrivèrent pas au croisement qui menait près
de chez eux, mais au cœur de la forêt. Cécile
serra fort son porte-bonheur, un collier que sa mère lui
avait offert. Celui-ci lui redonna du courage et elle décida
de passer la nuit dans ce bois, car son petit frère était
mal en point.
Les deux enfants avaient froid, car ils ne possédaient qu’un
pull puisqu’ils n’avaient pas pensé dormir à
la belle étoile. Pour ne pas inquiéter Marc, Cécile
fit un numéro en jouant avec sa souplesse. Voyant que cela
ne faisait aucun effet, elle s’arrêta net. Elle lui
posa une question pour essayer de le distraire :
-Tu as aimé cette journée ?
-A ton avis ? D’abord, je tombe dans la boue, ensuite j’ai
froid et puis j’ai peur ! hurla-t-il.
- Bon, rassura-t-elle, dormons près de cet arbre et demain
je te promets qu’on retrouvera la maison.
Cela ne l’apaisa pas parce qu’il sanglotait en murmurant
:
- Cécile, j’ai peur.
Mais, elle aussi restait sur ses gardes. Soudain elle s’écria
:
-Regarde : une maison !
Ses yeux s’étaient habitués à l’obscurité
et elle réussit à la distinguer. Ils s’en approchèrent.

Celle-ci avait un aspect sinistre. Ses volets ne tenaient plus
que par un gond et elle ne possédait qu’une fenêtre
brisée, car les débris des autres ouvertures s’étaient
envolés avec le foehn.
La porte claqua suite à un violent souffle qui ébouriffa
les cheveux de Cécile. Les murs couverts de lierre étaient
rongés par les termites. Le toit avait l’air d’être
la seule chose en bon état. On aurait dit un manoir.
D’une main tremblante, Cécile poussa la porte qui produisit
un grincement effrayant. Elle fit le premier pas dans la pièce
sombre. Elle chercha de la lumière, mais n’en trouva
point.
- Haaaaaaa ! hurla la jeune fille lorsqu’elle vit deux brillantes
pupilles qui l’observaient.
Marc se précipita à l’intérieur et fut
soulagé car ce n’était qu’un chat. L’animal
prit peur et slaloma entre les jambes des deux enfants, puis il
disparut de leur vue.
Ils entrèrent en tâtonnant. Une odeur nauséabonde
se faisait sentir. Marc toucha du liquide qui provenait du mur et
porta ses doigts à son nez. Il ne sut pas ce que c’était
mais il reconnut tout de même que cette odeur embaumait la
pièce. Le garçon pensa :
-Quand sortirons-nous de ce cauchemar ?
Cécile, de son côté, percuta une chose qui lui
semblait être une chaise. Lorsqu’elle voulut s’asseoir
dessus, elle remarqua des poignées :
-Qu’est-ce que c’est ? pensa-t-elle.
La fille voulut s’informer du contenu : elle tira donc les
poignées. Elle glissa sa main à l’intérieur
de ce qui lui semblait être une commode et sentit contre sa
paume un objet mystérieux à ses yeux. La téméraire
le tâta et une petite lueur fit son apparition. Cécile
empoigna l’objet qui était en réalité
une lampe de poche et éclaira la pièce. Marc eut un
frisson qui lui parcourut l’échine. Dans cette vaste
salle figuraient deux meubles : une vieille commode qui datait d’au
moins un siècle et une table bancale. Cécile projeta
la lumière autour d’elle et songea :
- Quelle maison inhabitable ! On dirait qu’une tempête
l’a balayée.
L’intelligent vit des escaliers qui montaient à l’étage.
Sur ce, il se dirigea vers eux et commença à les gravir
aussi lentement qu’une tortue. Cécile, rapide comme
un guépard, l’éclaira pour qu’il ne trébuche
pas encore une fois.


Soudain, un coup de feu suivi d’éclats de rire retentit.
Marc voulut s’éloigner le plus vite possible, mais
il loupa une marche et s’étala de tout son long. Ce
fut le vacarme total.
- Qui est là ? grommela une voix d’homme.
Le garçon se releva d’un bond malgré une douleur
insupportable. Ils entendirent venir des craquements du 2ème
étage. Les bruits s’approchaient dangereusement. Cécile
distingua avec la lampe de poche une échelle qui descendait
au sous-sol. En un hochement de tête, elle lui fit comprendre
de se cacher à l’étage inférieur.
- Non ! articula-t-il du bout de ses lèvres, ça ne
tiendra jamais !
Elle le foudroya du regard. Il comprit subitement ce qu’il
lui restait à faire. Le jeune homme se dirigea d’un
pas hésitant vers l’ouverture. Echelon après
échelon, il arriva finalement à son but. Elle y descendit
à son tour.
- Crack !
Les échelons de l’échelle ne tinrent effectivement
pas comme l’avait prédit Marc. Cécile avait
dégringolé et lorsqu’elle s’était
remise de ses émotions, les deux montants de l’échelle
étaient tombés sur elle en l’assommant. Marc
paniqué, accourut et débarrassa les décombres
qui recouvraient la jeune fille. Le garçon entendit des chuchotements.
Sa gorge se noua.
-Je te l’avais dit, Jamil ! Il y a quelqu’un dans notre
bâtisse !
-Au sous-sol, Bernardo !
Marc pâlit, son sang se glaça. Il empoigna sa sœur
et la traîna jusque derrière une caisse en bois. Il
faisait cru dans cette sorte de cave. Le jeune homme était
maintenant côte à côte avec Cécile encore
inconsciente. Une vive lueur qui devait provenir d’une lampe
dessinait deux silhouettes sur le sol humide. Marc leva sa tête
et découvrit avec stupeur le visage de deux hommes ingrats
qui l’observaient avec aux coins des lèvres, un sourire
narquois. Le premier, Jamil était baraqué, avec d’énormes
biceps et le visage aux contours bien prononcés. Tandis que
l’autre, Bernardo, était plutôt peu dynamique
d’après son corps grassouillet. L’ensemble de
son aspect était repoussant. Ces hommes devaient errer depuis
quelques temps dans ce lieu inhospitalier.
-Profitez bien de votre dernière nuit ! Sales gamins ! grogna
l’un d’eux depuis le premier étage en regardant
les enfants dans le trou.
- Asseyez vous là-bas dans ce coin !
Marc respirait d’une façon haletante. Il avait l’impression
que ses jambes s’enfonçaient dans le sol. Un silence
angoissant régnait.
-Que se passe-t-il ? interrogea Cécile en se relevant.
Marc lui expliqua en détail ce qui s’était passé
pendant « son absence ». Elle frissonna lorsque Marc
lui formula le petit dialogue qu’il avait eu avec les deux
inconnus.
-Jamil, va monter la garde, près de l’ouverture pour
que les enfants ne s’échappent pas. Moi, je m’occupe
des affaires au deuxième étage, ordonna Bernardo,
surveille-les bien !
Pendant que Bernardo se défonçait dans les affaires,
le baraqué se mit à son aise.
La curiosité mena Marc et Cécile à ouvrir une
caisse qui se trouvait derrière eux. Leur cœur résonnait
comme un gong dans leur poitrine. Ils y découvrirent des
armes différentes les unes des autres. Enfin, ils comprirent
pourquoi les trafiquants voulaient se débarrasser d’eux.
Une date était inscrite dessus.
- Cécile regarde, c’est demain qu’ils vont l’envoyer.
La jeune fille imprudente ne se gêna pas pour en glisser une,
discrètement, dans la poche de son training. Les yeux de
Jamil commençaient à se fermer. Ils en profitèrent
pour s’enfuir. Utilisant les deux montants de l’échelle,
Cécile se hissa et attrapa le bord de l’ouverture.
Arrivée en haut, elle regarda attentivement si personne ne
les apercevait. En bas, le garde avait l’air de dormir à
points fermés. Puis, elle aida son frère qui, avec
peine, parvint finalement à se trouver à ses côtés.
On voyait encore couler de la transpiration sur son visage cadavérique.
Sur la pointe des pieds, anxieux, ils marchèrent fixant la
porte.
Jamil avait les yeux entrouverts. Soudain, Marc sentit une grosse
main qui empoigna son pied.
-Lâchez-moi ! cria-t-il hors d’haleine.
Ils se débattit. Cécile vint à son secours,
brandissant l’arme volée. Elle essaya d’appuyer
sur la gâchette mais rien ne se produisit. Alors, dans le
feu de l’action, elle assomma l’agresseur de son petit
frère. Depuis le deuxième étage, Bernardo alerté,
dévala l’escalier, mais ce fut trop tard. Les enfants
s’étaient échappés.
Bernardo, une fois remis du choc, poursuivit les enfants, un petit
bout dans la forêt, mais essoufflé, il abandonna. Marc
et Cécile regardèrent en arrière pour voir
s’ils avaient semé leur poursuivant.
Soudain, le garçon se heurta à un inconnu. Il leva
sa tête et découvrit que celui-ci était un garde
forestier. Les jeunes sautèrent de joie. L’individu
fronça ses sourciles ne comprenant pas cet acte.
Les enfants lui expliquèrent l’histoire en détail.
L’homme généreux le raccompagna à leur
domicile en leur promettant de prévenir les policiers avant
que les trafiquants ne livrent leur commande.
Arrivés devant le seuil de leur maison, la porte s’ouvrit
brusquement et leurs parents, heureux, se précipitèrent
vers eux.
Une pluie de questions déferla sur les héros. Ils
racontèrent avec plaisir leur aventure.
Le lendemain, lorsque le journal parut, on pouvait lire en première
page, en gros titre le nom des deux ennemis de Marc et Cécile
et voir leur photo.
Sandrine et Nathalie