par Sandrine et Nathalie

 

 

-Viens ! s’écria Cécile avec beaucoup d’enthousiasme en rejetant sa chevelure noiraude sur ses épaules.
- Il n’en est pas question ! protesta Marc son petit frère qui avait la trouille au ventre rien qu’en jetant un coup d’œil au chemin sinueux.
La fillette ne fit aucun cas et s’engagea sur ce sentier qui menait à une forêt sombre et
humide. Il soupira d’une voix lamentable :
-Bon après tout, je la suis, même si j’ai peur.

Ils serpentèrent la forêt pendant un moment et arrivèrent sur une colline d’où l’on jouissait d’un magnifique panorama grâce au soleil couchant. Ils y firent une pause. Marc proposa :
- Rentrons, car il se fait tard.
La sportive acquiesça en bâillant :
- Je suis de ton avis, allons-y !
- C’est quelle voie ? interrogea-t-il.
- Par là ! montra-t-elle au hasard d’une voix tremblante.
Les enfants continuèrent leur chemin. La nuit commençait à tomber. Marc n’aperçut pas une pierre et il s’effondra. Cécile se moqua de lui. On ne pouvait même plus compter ses tâches de rousseur, car elles étaient couvertes de boue. Il pleurnicha :
Mon vélo a le pneu crevé ! On n’arrivera jamais à l’heure pour le souper.
Elle plaisanta :
- De toute façon aujourd’hui nous avons de la soupe.
- Tu crois Cécile que c’est le moment de faire des blagues ? rétorqua-t-il.
Et ils se disputèrent comme à la maison. Ils évitèrent de justesse la bagarre ! L’intelligent et la téméraire continuèrent en boudant, mais ils durent ralentir, car Marc était à pied et de plus, il boitait.

 

Ils n’arrivèrent pas au croisement qui menait près de chez eux, mais au cœur de la forêt. Cécile serra fort son porte-bonheur, un collier que sa mère lui avait offert. Celui-ci lui redonna du courage et elle décida de passer la nuit dans ce bois, car son petit frère était mal en point.
Les deux enfants avaient froid, car ils ne possédaient qu’un pull puisqu’ils n’avaient pas pensé dormir à la belle étoile. Pour ne pas inquiéter Marc, Cécile fit un numéro en jouant avec sa souplesse. Voyant que cela ne faisait aucun effet, elle s’arrêta net. Elle lui posa une question pour essayer de le distraire :
-Tu as aimé cette journée ?
-A ton avis ? D’abord, je tombe dans la boue, ensuite j’ai froid et puis j’ai peur ! hurla-t-il.
- Bon, rassura-t-elle, dormons près de cet arbre et demain je te promets qu’on retrouvera la maison.
Cela ne l’apaisa pas parce qu’il sanglotait en murmurant :
- Cécile, j’ai peur.
Mais, elle aussi restait sur ses gardes. Soudain elle s’écria :
-Regarde : une maison !
Ses yeux s’étaient habitués à l’obscurité et elle réussit à la distinguer. Ils s’en approchèrent.

 

Celle-ci avait un aspect sinistre. Ses volets ne tenaient plus que par un gond et elle ne possédait qu’une fenêtre brisée, car les débris des autres ouvertures s’étaient envolés avec le foehn.
La porte claqua suite à un violent souffle qui ébouriffa les cheveux de Cécile. Les murs couverts de lierre étaient rongés par les termites. Le toit avait l’air d’être la seule chose en bon état. On aurait dit un manoir.
D’une main tremblante, Cécile poussa la porte qui produisit un grincement effrayant. Elle fit le premier pas dans la pièce sombre. Elle chercha de la lumière, mais n’en trouva point.
- Haaaaaaa ! hurla la jeune fille lorsqu’elle vit deux brillantes pupilles qui l’observaient.
Marc se précipita à l’intérieur et fut soulagé car ce n’était qu’un chat. L’animal prit peur et slaloma entre les jambes des deux enfants, puis il disparut de leur vue.

Ils entrèrent en tâtonnant. Une odeur nauséabonde se faisait sentir. Marc toucha du liquide qui provenait du mur et porta ses doigts à son nez. Il ne sut pas ce que c’était mais il reconnut tout de même que cette odeur embaumait la pièce. Le garçon pensa :
-Quand sortirons-nous de ce cauchemar ?
Cécile, de son côté, percuta une chose qui lui semblait être une chaise. Lorsqu’elle voulut s’asseoir dessus, elle remarqua des poignées :
-Qu’est-ce que c’est ? pensa-t-elle.
La fille voulut s’informer du contenu : elle tira donc les poignées. Elle glissa sa main à l’intérieur de ce qui lui semblait être une commode et sentit contre sa paume un objet mystérieux à ses yeux. La téméraire le tâta et une petite lueur fit son apparition. Cécile empoigna l’objet qui était en réalité une lampe de poche et éclaira la pièce. Marc eut un frisson qui lui parcourut l’échine. Dans cette vaste salle figuraient deux meubles : une vieille commode qui datait d’au moins un siècle et une table bancale. Cécile projeta la lumière autour d’elle et songea :
- Quelle maison inhabitable ! On dirait qu’une tempête l’a balayée.
L’intelligent vit des escaliers qui montaient à l’étage. Sur ce, il se dirigea vers eux et commença à les gravir aussi lentement qu’une tortue. Cécile, rapide comme un guépard, l’éclaira pour qu’il ne trébuche pas encore une fois.

 

Soudain, un coup de feu suivi d’éclats de rire retentit. Marc voulut s’éloigner le plus vite possible, mais il loupa une marche et s’étala de tout son long. Ce fut le vacarme total.
- Qui est là ? grommela une voix d’homme.
Le garçon se releva d’un bond malgré une douleur insupportable. Ils entendirent venir des craquements du 2ème étage. Les bruits s’approchaient dangereusement. Cécile distingua avec la lampe de poche une échelle qui descendait au sous-sol. En un hochement de tête, elle lui fit comprendre de se cacher à l’étage inférieur.
- Non ! articula-t-il du bout de ses lèvres, ça ne tiendra jamais !
Elle le foudroya du regard. Il comprit subitement ce qu’il lui restait à faire. Le jeune homme se dirigea d’un pas hésitant vers l’ouverture. Echelon après échelon, il arriva finalement à son but. Elle y descendit à son tour.
- Crack !
Les échelons de l’échelle ne tinrent effectivement pas comme l’avait prédit Marc. Cécile avait dégringolé et lorsqu’elle s’était remise de ses émotions, les deux montants de l’échelle étaient tombés sur elle en l’assommant. Marc paniqué, accourut et débarrassa les décombres qui recouvraient la jeune fille. Le garçon entendit des chuchotements. Sa gorge se noua.
-Je te l’avais dit, Jamil ! Il y a quelqu’un dans notre bâtisse !
-Au sous-sol, Bernardo !
Marc pâlit, son sang se glaça. Il empoigna sa sœur et la traîna jusque derrière une caisse en bois. Il faisait cru dans cette sorte de cave. Le jeune homme était maintenant côte à côte avec Cécile encore inconsciente. Une vive lueur qui devait provenir d’une lampe dessinait deux silhouettes sur le sol humide. Marc leva sa tête et découvrit avec stupeur le visage de deux hommes ingrats qui l’observaient avec aux coins des lèvres, un sourire narquois. Le premier, Jamil était baraqué, avec d’énormes biceps et le visage aux contours bien prononcés. Tandis que l’autre, Bernardo, était plutôt peu dynamique d’après son corps grassouillet. L’ensemble de son aspect était repoussant. Ces hommes devaient errer depuis quelques temps dans ce lieu inhospitalier.
-Profitez bien de votre dernière nuit ! Sales gamins ! grogna l’un d’eux depuis le premier étage en regardant les enfants dans le trou.
- Asseyez vous là-bas dans ce coin !

Marc respirait d’une façon haletante. Il avait l’impression que ses jambes s’enfonçaient dans le sol. Un silence angoissant régnait.
-Que se passe-t-il ? interrogea Cécile en se relevant.
Marc lui expliqua en détail ce qui s’était passé pendant « son absence ». Elle frissonna lorsque Marc lui formula le petit dialogue qu’il avait eu avec les deux inconnus.

-Jamil, va monter la garde, près de l’ouverture pour que les enfants ne s’échappent pas. Moi, je m’occupe des affaires au deuxième étage, ordonna Bernardo, surveille-les bien !
Pendant que Bernardo se défonçait dans les affaires, le baraqué se mit à son aise.
La curiosité mena Marc et Cécile à ouvrir une caisse qui se trouvait derrière eux. Leur cœur résonnait comme un gong dans leur poitrine. Ils y découvrirent des armes différentes les unes des autres. Enfin, ils comprirent pourquoi les trafiquants voulaient se débarrasser d’eux. Une date était inscrite dessus.
- Cécile regarde, c’est demain qu’ils vont l’envoyer.
La jeune fille imprudente ne se gêna pas pour en glisser une, discrètement, dans la poche de son training. Les yeux de Jamil commençaient à se fermer. Ils en profitèrent pour s’enfuir. Utilisant les deux montants de l’échelle, Cécile se hissa et attrapa le bord de l’ouverture. Arrivée en haut, elle regarda attentivement si personne ne les apercevait. En bas, le garde avait l’air de dormir à points fermés. Puis, elle aida son frère qui, avec peine, parvint finalement à se trouver à ses côtés. On voyait encore couler de la transpiration sur son visage cadavérique. Sur la pointe des pieds, anxieux, ils marchèrent fixant la porte.

Jamil avait les yeux entrouverts. Soudain, Marc sentit une grosse main qui empoigna son pied.
-Lâchez-moi ! cria-t-il hors d’haleine.
Ils se débattit. Cécile vint à son secours, brandissant l’arme volée. Elle essaya d’appuyer sur la gâchette mais rien ne se produisit. Alors, dans le feu de l’action, elle assomma l’agresseur de son petit frère. Depuis le deuxième étage, Bernardo alerté, dévala l’escalier, mais ce fut trop tard. Les enfants s’étaient échappés.
Bernardo, une fois remis du choc, poursuivit les enfants, un petit bout dans la forêt, mais essoufflé, il abandonna. Marc et Cécile regardèrent en arrière pour voir s’ils avaient semé leur poursuivant.
Soudain, le garçon se heurta à un inconnu. Il leva sa tête et découvrit que celui-ci était un garde forestier. Les jeunes sautèrent de joie. L’individu fronça ses sourciles ne comprenant pas cet acte.
Les enfants lui expliquèrent l’histoire en détail. L’homme généreux le raccompagna à leur domicile en leur promettant de prévenir les policiers avant que les trafiquants ne livrent leur commande.
Arrivés devant le seuil de leur maison, la porte s’ouvrit brusquement et leurs parents, heureux, se précipitèrent vers eux.
Une pluie de questions déferla sur les héros. Ils racontèrent avec plaisir leur aventure.
Le lendemain, lorsque le journal parut, on pouvait lire en première page, en gros titre le nom des deux ennemis de Marc et Cécile et voir leur photo.

Sandrine et Nathalie